Cours 09 Fonction & hémodynamique ⏱ 18 min

Strain myocardique

Speckle tracking 2D : principes, valeurs normales et applications cliniques du strain VG, VD et OG

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Expliquer les principes physiques du strain myocardique et de la technique de speckle tracking 2D.
  • Décrire la méthodologie d'acquisition et d'analyse du strain global longitudinal (SGL) du VG.
  • Connaître les valeurs normales du SGL du VG, du strain de la paroi libre du VD et du strain de réservoir de l'OG.
  • Identifier les principales applications cliniques (insuffisance cardiaque, cardio-oncologie, valvulopathies, HVG) et l'intérêt pronostique du strain.
  • Reconnaître les limites, pièges et facteurs modifiant le strain pour une interprétation multiparamétrique fiable.

Le strain myocardique, ou imagerie de déformation par speckle tracking 2D, s'est imposé comme un outil de quantification objective et reproductible de la fonction contractile. Là où l'analyse visuelle de la cinétique segmentaire reste qualitative, opérateur-dépendante et limitée à la seule déformation radiale, le strain mesure la déformation myocardique dans les trois axes de l'espace et détecte des altérations infracliniques invisibles à la fraction d'éjection.

1. Principes physiques

Le strain est un paramètre sans unité physique exprimé en pourcentage : il quantifie la modification de longueur d'un segment myocardique par rapport à sa dimension initiale. Un raccourcissement donne une valeur négative, un allongement une valeur positive. La technique suit image par image le déplacement spatial (« tracking ») de marqueurs acoustiques naturels (« speckles »), motifs d'interférence stables générés par l'interaction des ultrasons avec le tissu, au sein de l'image 2D en niveaux de gris.

La contractilité myocardique est un phénomène complexe associant épaississement, raccourcissement et torsion, sous-tendu par l'architecture hélicoïdale des fibres. Trois composantes sont ainsi décrites : le strain longitudinal (fibres sous-endocardiques, les plus vulnérables à l'ischémie), le strain circonférentiel et le strain radial.

2. Le strain global longitudinal (SGL) du VG

Le SGL est le paramètre le plus robuste et le plus utilisé en pratique. Son acquisition repose sur trois coupes apicales : 4 cavités, 2 cavités et 3 cavités (apical long-axis).

Conditions techniques

  • Bonne échogénicité et coupes apicales non raccourcies (foreshortening à éviter).
  • ECG de qualité avec bonne détection des QRS ; rythme régulier.
  • Cadence image (frame rate) de 50 à 80 images/s adaptée à la fréquence cardiaque.
  • Définition de la fermeture aortique (2D ou Doppler) pour repérer la télésystole.
  • Traçage de la ROI incluant l'endocarde et le myocarde, sans le péricarde ; exclure la chambre de chasse et l'OG ; vérifier visuellement le tracking.
Convention de signe Le SGL est une valeur négative. Un SGL « plus négatif » (ex. −22 %) traduit une meilleure fonction ; un SGL « moins négatif » (ex. −14 %) traduit une altération. Par commodité on parle souvent de la valeur absolue.

3. Valeurs normales et interprétation

CavitéParamètreValeur normale (approx.)
VGStrain global longitudinal (SGL)≈ −20 % (valeur absolue > 18 %)
VDStrain longitudinal paroi libre> 20 % en valeur absolue (anormal si < 20 %)
OGStrain de réservoir (PALS)> 35–39 % (abaissé si < 24 %)

Les valeurs varient légèrement selon le constructeur et le logiciel : le suivi d'un patient doit se faire avec le même appareil et le même software. Le SGL dépend aussi des conditions de charge, de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et de la qualité d'image (pièges classiques).

4. Applications cliniques

  • Insuffisance cardiaque : détection de la dysfonction systolique infraclinique avant la baisse de la FEVG ; puissant marqueur pronostique.
  • Cardio-oncologie : une baisse relative du SGL > 15 % sous chimiothérapie (anthracyclines, trastuzumab) définit une cardiotoxicité infraclinique et justifie une cardioprotection.
  • Hypertrophie ventriculaire gauche : aide au diagnostic étiologique — pattern apical préservé (« apical sparing ») évocateur d'amylose, altération diffuse dans la CMH.
  • Valvulopathies (insuffisance et rétrécissement aortiques) : marqueur précoce de retentissement myocardique, utile pour le timing chirurgical chez le patient asymptomatique.
  • Cardiopathie ischémique (STEMI/NSTEMI) : quantification de l'étendue de l'atteinte segmentaire.
  • OG et VD : le strain de réservoir OG reflète précocement l'élévation des pressions de remplissage ; le strain de paroi libre du VD détecte précocement la dysfonction VD.
Points clés
  • Le strain = déformation en % ; le SGL du VG est le paramètre de référence (normal ≈ −20 %, valeur absolue).
  • Acquisition sur 3 coupes apicales, ECG et échogénicité indispensables, frame rate 50–80/s.
  • Le SGL détecte la dysfonction systolique avant la chute de la FEVG et guide la cardio-oncologie (baisse relative > 15 %).
  • Strain de réservoir OG : reflet des pressions de remplissage ; strain paroi libre VD : dysfonction VD précoce.
  • Interprétation intégrée, multiparamétrique, avec le même logiciel : outil complémentaire et non substitutif des paramètres standards.

Sources

  1. Voigt JU et al. EACVI/ASE 2015 — standard commun du strain 2D
  2. Lang RM et al. ASE/EACVI 2015 — quantification des cavités
  3. ESC 2022 Guidelines on cardio-oncology
  4. Badano LP et al. EACVI/ASE 2018 — strain OG/VD/OD
  5. D'après le diaporama de référence (Dr K. Mzoughi, CEC Échographie Cardiaque, FMS 2025)

Fiche et QCM générés automatiquement d'après le diaporama de référence (synthèse originale). Contenu de démonstration — à relire et valider par Pr Ag Yosra Messaoudi avant diffusion.

Carte mentale interactive — dépliez/repliez les branches pour explorer le cours.

15 cartes de révision — retournez la carte, puis auto-évaluez-vous.

Entraînement libre : correction après chaque réponse, non enregistrée.