- Définir l'alcoolisation septale et distinguer ce qu'elle traite de ce qu'elle ne traite pas.
- Énoncer les quatre conditions exigées avant de poser l'indication, avec leurs seuils.
- Expliquer pourquoi un diurétique aggrave l'obstruction d'une cardiomyopathie hypertrophique.
- Reconnaître, sur un Doppler continu, la forme en poignard qui signe l'obstruction dynamique.
- Classer une obstruction en sous-aortique ou médio-ventriculaire, et en tirer la conséquence thérapeutique.
- Relier le mouvement systolique antérieur de la valve mitrale à l'insuffisance mitrale qu'il entraîne.
- Justifier le plancher de seize millimètres d'épaisseur septale.
- Classer les situations qui font pencher vers la myectomie chirurgicale plutôt que vers le cathéter.
- Décrire les cinq temps de la procédure et nommer ce qui, à chacun, ferait renoncer.
- Interpréter une élévation de la créatine phosphokinase au lendemain du geste.
- Exposer les trois informations à donner au patient avant de faire signer le consentement.
- Situer le compromis entre dose d'alcool, réduction du gradient et risque de bloc complet.
1. Réduire un obstacle, pas guérir une maladie
L'alcoolisation septale consiste à provoquer volontairement un infarctus, minuscule et placé au millimètre, dans la partie du septum interventriculaire qui gêne l'éjection du ventricule gauche. Le muscle nécrosé s'amincit, la chambre de chasse s'élargit, le gradient tombe. Rien d'autre ne change : la cardiomyopathie hypertrophique reste ce qu'elle est, avec sa génétique, son risque rythmique et son évolution propre.
1.1. Ce que le geste fait exactement
On monte un guide dans la première branche septale de l'artère interventriculaire antérieure, on y glisse un ballon d'occlusion, on vérifie par échographie de contraste que cette branche irrigue bien la zone qui fait obstacle — et elle seule —, puis on injecte un à trois millilitres d'éthanol absolu. L'alcool détruit le lit capillaire du territoire. Il en résulte une nécrose localisée : le septum basal, nécrosé et sidéré, cesse de se contracter, ce qui élargit la chambre de chasse et fait tomber le gradient dès la salle ; la cicatrisation l'amincit ensuite durablement.
Le résultat n'est donc pas immédiatement définitif. Le gradient chute en salle, remonte souvent dans les jours qui suivent, à mesure que la sidération se dissipe, puis rediminue sur trois à six mois à mesure que la zone se rétracte. C'est cette chronologie qui explique qu'on ne juge jamais d'un échec avant plusieurs mois.
1.2. Ce qu'elle ne fait pas, et qu'il faut dire au patient
Elle ne diminue pas le risque de mort subite. Elle ne dispense pas d'un défibrillateur implantable chez qui en relève. Elle ne modifie pas la transmission génétique à la descendance, ni la nécessité du dépistage familial. Elle ne fait pas disparaître la fibrillation atriale, qui reste la complication la plus fréquente de la maladie au long cours. Elle n'empêche pas l'évolution d'une minorité de patients vers une forme dilatée et hypokinétique.
Ces cinq réserves ne sont pas des précautions oratoires : un patient soulagé de sa dyspnée croit volontiers être guéri, et c'est à ce moment-là qu'il abandonne son suivi.
Il y a une raison mécanique à cette dissociation. L'obstruction est un phénomène de chambre de chasse : elle dépend de l'épaisseur du septum à cet endroit précis, de la géométrie de la valve mitrale et des conditions de charge. Le risque rythmique, lui, tient à la désorganisation des fibres myocardiques et à la fibrose diffuse, qui intéressent tout le ventricule et que la nécrose d'un territoire septal ne modifie pas. Traiter l'un ne traite pas l'autre parce que ce ne sont pas les mêmes lésions.
1.3. La maladie en quelques chiffres
La cardiomyopathie hypertrophique touche environ une personne sur cinq cents. Elle est le plus souvent sarcomérique et de transmission autosomique dominante, ce qui impose un dépistage des apparentés du premier degré. Elle est la première cause de mort subite du sujet jeune, avec une incidence annuelle de l'ordre de quatre pour mille à deux pour cent selon les séries et le profil de risque.
Le diagnostic repose sur une épaisseur pariétale d'au moins quinze millimètres sur un ou plusieurs segments du ventricule gauche, mesurée en l'absence de condition de charge susceptible de l'expliquer. Le seuil descend à treize millimètres chez un apparenté du premier degré d'un patient atteint, parce que la probabilité a priori n'est plus la même. Environ un quart à un tiers des patients présentent une obstruction au repos, et une proportion comparable une obstruction qui n'apparaît qu'à l'effort ou après provocation.

1.4. D'où vient la technique
L'idée de détruire du myocarde en injectant de l'éthanol dans une branche coronaire ne naît pas dans la cardiomyopathie hypertrophique mais en rythmologie. Brugada et ses collaborateurs décrivent en 1989, dans Circulation, l'ablation chimique transcoronaire d'une tachycardie ventriculaire incessante : il s'agissait alors de supprimer un foyer arythmogène, pas un obstacle.
La première application à la cardiomyopathie obstructive revient à Sigwart, qui publie dans The Lancet en 1995 la réduction non chirurgicale du septum chez trois patients. C'est cette publication qui fonde la technique dans son indication actuelle, trente-quatre ans après la première publication de Morrow sur le traitement chirurgical de l'obstacle par voie transaortique, en 1961 — une ventriculomyotomie, dont dérivera la myotomie-myectomie qui porte son nom.
2. Reconnaître le patient qui relève d'une réduction septale
2.1. Le symptôme, et non le chiffre
On ne traite pas un gradient, on traite un patient gêné. La question qui ouvre la discussion est toujours la même : ce patient est-il limité dans sa vie quotidienne, et cette limitation résiste-t-elle à un traitement médical bien conduit ?
La dyspnée d'effort est le symptôme le plus fréquent. Viennent ensuite l'angor sans lésion coronaire, la lipothymie et la syncope d'effort — cette dernière imposant en outre une évaluation du risque rythmique, car elle peut être d'origine tout autre. Un patient asymptomatique, quel que soit son gradient, ne relève pas d'une réduction septale.
2.2. Ce qu'est un traitement médical optimal
Avant d'envisager le moindre geste, il faut pouvoir affirmer que le traitement a été poussé. Cela signifie un bêtabloquant non vasodilatateur à dose maximale tolérée. S'il est mal toléré ou inefficace, un inhibiteur calcique bradycardisant — vérapamil ou diltiazem — le remplace : il ne s'y ajoute pas. Le vérapamil est contre-indiqué chez le patient hypotendu, dyspnéique au repos ou dont le gradient de repos dépasse cent millimètres de mercure, car sa composante vasodilatatrice peut y aggraver l'obstruction. Le disopyramide s'ajoute au bêtabloquant — ou à l'inhibiteur calcique qui le remplace — chez le patient qui reste gêné, pour son effet inotrope négatif.
Cela signifie aussi, et on l'oublie souvent, avoir retiré ce qui aggrave l'obstruction : les diurétiques prescrits pour une dyspnée prise pour une insuffisance cardiaque, les vasodilatateurs, les dérivés nitrés. Un patient dont le gradient s'effondre après arrêt d'un diurétique n'avait pas besoin d'être alcoolisé. Le patient réellement congestif fait exception : quand des signes de surcharge hydrosodée persistent malgré le bêtabloquant ou l'inhibiteur calcique, un diurétique à faible dose reste possible, prescrit avec prudence. Ce qu'on proscrit, c'est le diurétique sans surcharge et la forte dose.
2.3. Les inhibiteurs de la myosine, et ce qu'ils déplacent
Une classe médicamenteuse récente agit directement sur le mécanisme de la maladie : les inhibiteurs de la myosine cardiaque réduisent le nombre de ponts actine-myosine formés, donc l'hypercontractilité, et abaissent le gradient. Ils ont obtenu une place dans les recommandations chez le patient obstructif symptomatique malgré le traitement conventionnel.
Leur existence ne supprime pas la réduction septale, mais elle élargit la discussion : chez le patient qui reste gêné malgré le bêtabloquant ou l'inhibiteur calcique, l'ajout d'un inhibiteur de la myosine se discute à côté du disopyramide et de la réduction septale elle-même, là où la molécule est disponible et accessible. C'est une option qu'on doit avoir envisagée, pas un préalable obligatoire. Leur maniement impose une surveillance échographique de la fraction d'éjection, qu'ils peuvent abaisser, et une attention aux interactions médicamenteuses.
2.4. Ce qui n'est pas une indication
Ni un gradient élevé chez un patient asymptomatique. Ni une hypertrophie majeure sans obstruction. Ni une obstruction médio-ventriculaire isolée, qui ne relève pas de la même cible. Ni une dyspnée dont l'origine réelle est une fibrillation atriale rapide, une anémie ou une pathologie respiratoire — trois causes qu'il faut avoir écartées avant d'attribuer les symptômes à l'obstacle.
3. Ce que l'échocardiographie doit établir
3.1. Le gradient, et où on le mesure
Le gradient intraventriculaire gauche se mesure en Doppler continu dans la chambre de chasse, en incidence apicale. On parle d'obstruction à partir de trente millimètres de mercure de gradient maximal ; elle devient hémodynamiquement significative à partir de cinquante, et c'est ce seuil de cinquante millimètres de mercure, au repos ou après provocation, qui autorise une réduction septale.
La provocation compte autant que la mesure de repos : une part importante des patients symptomatiques n'a pas de gradient couché et tranquille, et l'obstruction n'apparaît qu'à l'effort, en Valsalva, ou au lever. Un compte rendu qui ne mentionne qu'un gradient de repos ne permet pas de décider.

3.2. Le siège de l'obstacle — la question qui commande tout
L'alcoolisation ne s'adresse, en règle, qu'à une obstruction sous-aortique, c'est-à-dire située dans la chambre de chasse, immédiatement sous la valve aortique. Une obstruction médio-ventriculaire, siégeant à mi-hauteur du ventricule, ne relève pas en règle de cette voie : les branches septales qui irriguent cette zone sont inconstantes et rarement repérables de façon sélective, et la réduction chirurgicale reste la réponse.
C'est la première chose que le compte rendu doit dire, avant même le chiffre du gradient. Un gradient de cent millimètres de mercure d'origine médio-ventriculaire n'est pas une indication d'alcoolisation.
La distinction n'est pas toujours franche. Certaines obstructions sont mixtes, avec une composante sous-aortique dominante et une participation médio-ventriculaire. L'échographie les sépare en repérant où le flux accélère : le point de vitesse maximale se situe soit immédiatement sous la valve aortique, soit à mi-cavité, entre les piliers. Quand les deux coexistent, c'est la composante dominante qui décide, et la discussion penche vers la chirurgie dès que la part médio-ventriculaire est importante.
3.3. Le mouvement systolique antérieur de la valve mitrale
L'obstruction n'est pas seulement musculaire. Le flux d'éjection, dévié par le septum épaissi, entraîne vers le septum un feuillet mitral antérieur souvent allongé et déplacé en avant par la position des piliers — c'est le mouvement systolique antérieur, ou SAM. L'effet Venturi, longtemps invoqué seul, n'y est qu'un mécanisme parmi d'autres. Le feuillet vient alors compléter l'obstacle, et son défaut de coaptation crée une insuffisance mitrale dirigée en arrière.
Cette insuffisance mitrale est le plus souvent la conséquence de l'obstruction et non une maladie valvulaire propre : elle régresse quand l'obstacle est levé. Savoir la distinguer d'une maladie mitrale organique est décisif, car cette dernière impose la chirurgie, qui traitera les deux dans le même temps.
3.4. L'épaisseur septale, et pourquoi elle a un plancher
Une épaisseur septale d'au moins seize millimètres est exigée avant d'alcooliser. La raison est mécanique : la nécrose creuse le septum sur toute son épaisseur locale, et un septum mince expose à une communication interventriculaire acquise. Le chiffre n'est donc pas une convention administrative mais une marge de sécurité.
3.5. Deux pièges de mesure
Le premier est de confondre le flux d'obstruction avec celui de l'insuffisance mitrale. Les deux sont systoliques et s'éloignent tous deux de la sonde en incidence apicale : ils s'inscrivent sous la ligne de base, et le Doppler continu peut enregistrer l'un quand on croit mesurer l'autre. Le flux d'obstruction a une montée tardive et une forme en poignard ; le flux mitral commence d'ordinaire plus tôt et occupe toute la systole. Mais la fuite née du mouvement systolique antérieur peut elle aussi ne débuter qu'en milieu de systole, comme le rappelle le guide de la Société britannique d'échocardiographie publié en 2021 : c'est alors la vitesse qui tranche, nettement plus élevée pour la fuite mitrale, car la pression du ventricule dépasse celle de l'oreillette de bien plus qu'elle ne dépasse celle de l'aorte. Prendre l'un pour l'autre conduit à annoncer un gradient qui n'existe pas.
Le second est de mesurer le gradient chez un patient déshydraté, à jeun depuis la veille, ou juste après un effort — trois situations qui le majorent. Le chiffre porté au dossier doit dire dans quelles conditions il a été obtenu, sans quoi il n'est pas comparable d'une consultation à l'autre.
4. Cathéter ou chirurgie : comment on tranche
4.1. Ce que chacune donne
Les deux techniques réduisent le gradient et améliorent la classe fonctionnelle et la capacité d'effort. Elles ne se départagent pas sur la survie : la méta-analyse de Liebregts, publiée dans JACC: Heart Failure en 2015, trouve une mortalité à long terme de 1,5 % par an après alcoolisation contre 1,4 % par an après myectomie. Le gradient résiduel est en revanche un peu plus élevé après alcoolisation. La comparaison monocentrique publiée dans JACC: Cardiovascular Interventions en 2014, sur 161 alcoolisations et 102 myectomies, résume ce compromis : survie et évolution clinique comparables, moins de complications dans les trente jours après alcoolisation (14 % contre 27 %) et une hospitalisation plus courte, mais des gradients provoqués plus élevés (médiane de 19 mmHg contre 10).
Là où elles diffèrent, c'est sur le profil des complications. L'alcoolisation expose davantage au bloc auriculo-ventriculaire et à la stimulation définitive ; la myectomie expose au risque d'une chirurgie à cœur ouvert et à sa convalescence. Le taux de réintervention est plus élevé après alcoolisation.
4.2. Ce qui fait pencher d'un côté ou de l'autre
| Situation | Plutôt | Pourquoi |
|---|---|---|
| Patient jeune | Chirurgie | Risque cumulé de stimulation définitive sur des décennies, et réintervention plus fréquente après alcoolisation |
| Risque opératoire élevé, comorbidités | Alcoolisation | Pas de sternotomie, pas de circulation extracorporelle, hospitalisation courte |
| Maladie mitrale organique associée | Chirurgie | La valve se traite dans le même temps ; l'alcoolisation ne la touche pas |
| Anomalie du muscle papillaire | Chirurgie | La cause de l'obstacle n'est pas seulement l'épaisseur septale |
| Obstruction médio-ventriculaire | Chirurgie | Territoire rarement accessible de façon sélective par voie coronaire |
| Pas d'artère septale utilisable | Chirurgie | Sans cible, le geste est impossible |
| Bloc de branche gauche préexistant | Chirurgie à discuter | L'alcoolisation lèse la branche droite : le risque de bloc complet devient élevé, et si l'on alcoolise malgré tout, un stimulateur définitif posé avant le geste est recommandé |
4.3. Le principe qui gouverne la décision
Dans les deux cas, la décision relève d'une équipe habituée à cette maladie. Le volume de l'équipe est un déterminant majeur du résultat, quelle que soit la technique.
4.4. Ce que disent les recommandations
Les recommandations européennes en vigueur sur les cardiomyopathies datent de 2023 et ont remplacé le texte de 2014 consacré à la seule cardiomyopathie hypertrophique. Elles retiennent la réduction septale — chirurgicale ou par alcoolisation — chez le patient qui reste en classe III ou IV malgré le traitement médical maximal toléré, avec un gradient d'au moins cinquante millimètres de mercure au repos ou après provocation, l'envisagent aussi devant une syncope d'effort due à l'obstruction, et demandent que le geste soit confié à une équipe expérimentée. Elles préfèrent la myectomie quand une autre lésion cardiaque doit être opérée.
Le texte américain, publié en 2024, retient la même indication et précise le partage entre les deux gestes : la myectomie quand une autre lésion cardiaque doit être opérée dans le même temps, l'alcoolisation quand la chirurgie est contre-indiquée ou jugée trop risquée, en raison des comorbidités ou d'un âge avancé. Les deux textes se rejoignent sur le volume du centre : ils réservent le geste à des équipes expérimentées, dont l'expérience pèse sur les résultats des deux techniques.
5. Poser l'indication et préparer le patient
5.1. Les quatre conditions
| Condition | Seuil | Ce qu'elle protège |
|---|---|---|
| Symptômes réfractaires | Classe III ou IV, ou syncope d'effort due à l'obstruction, malgré un traitement optimal | Qu'on ne traite pas un patient qui n'a rien à y gagner |
| Épaisseur septale | ≥ 16 mm | Le risque de communication interventriculaire acquise |
| Gradient | ≥ 50 mmHg, repos ou provocation | Qu'on n'attribue pas les symptômes à un obstacle qui n'existe pas |
| Siège de l'obstacle | Sous-aortique | Que la cible soit atteignable par une branche septale |
Les quatre se vérifient ensemble. Une seule qui manque écarte l'indication ou renvoie à la chirurgie.
5.2. Ce qu'on doit expliquer avant de faire signer
Trois choses, dans cet ordre. D'abord qu'on va provoquer un infarctus — le mot doit être dit, parce que le patient lira ses dosages enzymatiques et verra une élévation massive. Ensuite qu'un stimulateur cardiaque définitif sera nécessaire dans environ un cas sur dix, chiffre qui ne se découvre pas après coup. Enfin que l'effet n'est pas immédiat et se juge sur plusieurs mois.
Deux questions reviennent presque toujours, et il vaut mieux les avoir préparées. « Est-ce que je vais avoir mal ? » — l'injection de l'alcool provoque une douleur thoracique, attendue, et c'est pour cela qu'un traitement antalgique est donné pendant le geste. « Combien de temps vais-je rester ? » — environ trois jours en unité de soins intensifs, puis un à deux jours en salle, plus si la conduction est instable, ce qui n'est pas une complication mais une précaution.
Il faut enfin dire ce qui arrivera si le geste ne suffit pas : une seconde alcoolisation reste possible, et la chirurgie ne devient pas impossible pour autant. Un patient qui sait qu'il existe une suite accepte plus facilement un résultat partiel.
6. Ce qui se passe pendant la procédure
6.1. Le déroulé, vu du clinicien
Le patient est sous sédation et analgésie, éveillé ou en sédation légère. Une sonde d'entraînement électrosystolique est mise en place systématiquement par voie veineuse, avant tout : le bloc auriculo-ventriculaire complet est la complication attendue, pas une surprise. Il n'est pas nécessaire d'arrêter le bêtabloquant ou l'inhibiteur calcique avant le geste, même si certains centres les suspendent le jour même ; leur reprise après le geste dépendra de la conduction.
La procédure enchaîne cinq temps : confirmation hémodynamique de l'obstruction, coronarographie avec repérage des branches septales, positionnement du guide et du ballon dans la branche cible, contrôles par la lumière du ballon — étanchéité au contraste iodé, puis territoire réellement irrigué en échographie de contraste —, puis injection lente de l'alcool. Le ballon reste gonflé au moins dix minutes après la dernière injection, pour empêcher tout reflux vers l'interventriculaire antérieure.
| Temps | Ce qu'on fait | Ce qui ferait renoncer |
|---|---|---|
| 1. Hémodynamique | Mesure simultanée des pressions ventriculaire gauche et aortique, au repos puis après provocation | Pas de gradient significatif le jour du geste, ni au repos ni après provocation |
| 2. Coronarographie | Repérage des branches septales en plusieurs incidences | Aucune branche septale utilisable |
| 3. Positionnement | Guide puis ballon sur-le-guide dans la branche cible | Branche infranchissable ou trop courte pour contenir le ballon |
| 4. Contrôles par le ballon | Guide retiré : contraste iodé sous scopie pour l'étanchéité, puis échographie de contraste du territoire | Reflux vers l'interventriculaire antérieure ou collatérale ; territoire débordant sur le ventricule droit, un pilier ou une paroi libre |
| 5. Injection | 1 à 3 mL d'éthanol pour la séance, 1 mL par minute, ballon maintenu au moins 10 minutes après la dernière injection | Ballon qui se déplace ou injection qui résiste : arrêter ; bloc auriculo-ventriculaire : ralentir ou interrompre |
Chacun de ces temps peut faire arrêter. C'est une particularité de ce geste : on peut avoir monté tout le matériel, être en place, et décider de ne pas injecter. Renoncer au quatrième temps parce que l'échographie montre un mauvais territoire n'est pas un échec de procédure, c'est la procédure qui fonctionne.
6.2. L'infarctus thérapeutique, et ce qu'il représente
La nécrose créée reste limitée et centrée sur le septum basal ; son étendue dépend de la dose et du territoire de la branche. Plus étendue ne veut pas dire plus efficace : dans une série suivie en imagerie par résonance magnétique, c'est la position basale de la nécrose, au contact de la chambre de chasse, et non sa taille, qui faisait le succès. L'élévation enzymatique est en rapport : la créatine phosphokinase culmine vers la douzième heure, à des valeurs qui se comptent en centaines, souvent en milliers d'unités par litre, d'autant plus hautes que la dose et le territoire sont grands.
Ce chiffre surprend qui ne s'y attend pas. Il est le témoin du geste, pas d'une complication — et c'est précisément pourquoi il faut l'avoir annoncé.
7. Les soixante-douze premières heures
7.1. La conduction, d'abord
La première branche septale irrigue la branche droite du faisceau de His et une partie du faisceau lui-même. La nécrose provoque donc souvent un bloc de branche droit — chez environ un patient sur trois dans le registre Euro-ASA, davantage dans d'autres séries — et, dans une minorité de cas, un bloc auriculo-ventriculaire complet.
Le bloc peut survenir immédiatement, mais aussi de façon retardée, ce qui commande la durée de surveillance. La sonde d'entraînement reste en place au moins vingt-quatre heures, et elle n'est retirée qu'en l'absence de bloc auriculo-ventriculaire de haut degré : les protocoles publiés la retirent le plus souvent entre le lendemain du geste et le troisième jour, plus tard si la conduction reste instable ou chez un patient à risque — bloc complet pendant le geste, élargissement du QRS, bloc de branche gauche préexistant. On attend au moins vingt-quatre heures avant d'implanter un stimulateur définitif, car une partie des blocs régresse.
Le devenir de ces patients a été étudié à partir du registre Euro-ASA par Jensen et ses collaborateurs, en 2019, chez 1 416 patients : ni un bloc de branche apparu après le geste, ni un stimulateur implanté à sa suite n'étaient associés à une dyspnée ou à un angor de classe III ou IV au dernier suivi, ni à une survie réduite. C'est ce qu'on peut dire au patient qui repart appareillé.
7.2. Ce qu'on surveille, et à quel rythme
| Quoi | Comment | Pourquoi |
|---|---|---|
| Rythme et conduction | Monitorage continu, 72 h en unité de soins intensifs | Bloc retardé, arythmie ventriculaire sur zone de nécrose |
| Enzymes cardiaques | Toutes les six à huit heures | Confirmer l'étendue attendue ; une élévation hors norme fait chercher un territoire débordant |
| État hémodynamique | Clinique et pression artérielle | Tamponnade, communication interventriculaire, nécrose excessive |
| Traitement | Reprise à faible dose du bêtabloquant ou de l'inhibiteur calcique, seulement en l'absence de contre-indication, au premier rang desquelles un bloc auriculo-ventriculaire ou une bradycardie | L'obstruction résiduelle persiste souvent les premiers jours ; mais ces médicaments freinent une conduction que la nécrose vient de fragiliser |
7.3. Le gradient qui remonte
Il est habituel de constater, au deuxième ou troisième jour, une remontée du gradient après l'excellent résultat obtenu en salle. Cela ne signe pas un échec : la chute obtenue en salle tenait pour partie à la sidération du septum, qui se dissipe, et la rétraction cicatricielle n'a pas encore fait son œuvre. Le résultat définitif se juge à trois et six mois.
8. Ce que le patient doit savoir en sortant
8.1. Le délai, et ce qu'il implique
Le bénéfice s'installe sur trois à six mois. Un patient prévenu attend ; un patient non prévenu conclut à l'échec dès la deuxième semaine et retourne consulter en urgence.
8.2. Les signes qui doivent le ramener
Une syncope ou une lipothymie, qui peut révéler un bloc retardé. Une douleur thoracique prolongée. Une dyspnée qui s'aggrave au lieu de s'améliorer. Et, pour les semaines qui suivent, toute palpitation soutenue.
Un dernier point, souvent omis à la sortie : le patient doit savoir ce qu'il devra dire aux autres soignants. Qu'il a une cardiomyopathie hypertrophique obstructive traitée par alcoolisation septale, qu'il porte une cicatrice septale et, si son électrocardiogramme montre un bloc de branche droit, que ce bloc n'est pas nouveau. Sans cette information, un tracé lu aux urgences dans dix ans fera conclure à un événement aigu, et une anesthésie sera conduite sans tenir compte d'une physiologie qui ne supporte ni l'hypovolémie ni la vasodilatation.
8.3. Ce qui ne change pas
Le dépistage familial reste nécessaire. L'évaluation du risque rythmique reste nécessaire, et l'alcoolisation ne la modifie pas favorablement. Les restrictions sportives liées à la maladie restent ce qu'elles étaient.
9. Le suivi, et ce que l'alcoolisation ne règle pas
9.1. Les résultats qu'on peut annoncer
L'obstruction est nettement réduite chez quatre-vingt-dix pour cent des patients ou davantage. La mortalité périprocédurale est de l'ordre de un pour cent — le registre européen Euro-ASA, publié dans l'European Heart Journal en 2016, rapporte une mortalité à trente jours de un pour cent chez 1 275 patients. Un stimulateur définitif est implanté chez environ un patient sur dix. Une nouvelle procédure de réduction septale est nécessaire chez environ huit pour cent des patients sur un suivi moyen de six ans, d'après la méta-analyse de Liebregts publiée en 2015.
Ces chiffres méritent d'être replacés. Le succès de procédure se définit le plus souvent comme une réduction du gradient d'au moins la moitié — ce n'est pas la disparition de l'obstacle. Une part des patients garde un gradient résiduel et va bien ; mais le registre Euro-ASA associe ce gradient résiduel à une moins bonne classe fonctionnelle et à la mortalité : il se surveille, il ne s'ignore pas. C'est le symptôme, et non le chiffre, qui fait discuter une réintervention, exactement comme au moment de poser l'indication.
La mortalité annoncée est celle de la procédure et des trente jours qui suivent. Elle dépend fortement du volume du centre et du profil des patients traités : une équipe qui opère surtout des patients âgés et comorbides, précisément parce qu'ils ne relèvent pas de la chirurgie, affichera mécaniquement des chiffres moins bons sans être moins bonne.

9.2. Ce qui reste à surveiller à vie
La fibrillation atriale, qui impose ici une anticoagulation au long cours quel que soit le score CHA₂DS₂-VASc — ce score ne s'applique pas à cette maladie —, de préférence par un anticoagulant oral direct. Le risque de mort subite, réévalué périodiquement. L'évolution vers une forme dilatée chez une minorité. Et la réapparition d'un gradient, qui peut justifier un second geste.
9.3. La réintervention
Elle se discute devant la réapparition de symptômes accompagnée d'un gradient à nouveau significatif, et jamais devant le seul chiffre. Une seconde alcoolisation cible en général une autre branche septale que la première.
Elle est plus fréquente après alcoolisation qu'après chirurgie : 7,7 % contre 1,6 % dans cette même méta-analyse, soit près de cinq fois plus, pour un suivi moyen de six ans après alcoolisation et de sept ans après myectomie. Ce n'est pas un argument décisif contre la technique, mais c'est un élément de la discussion avec un patient jeune, qui vivra longtemps avec ce choix.
9.4. Ce que le registre européen a montré
Le registre Euro-ASA a réuni les patients alcoolisés dans plusieurs centres européens et les a suivis sur plusieurs années. Trois enseignements en ressortent, qui dépassent les chiffres de procédure.
Le premier est que la survie à long terme reste bonne, ce qui n'était pas acquis pour un geste qui crée volontairement une cicatrice myocardique : chez 1 275 patients très symptomatiques, suivis en médiane près de six ans, elle atteint 98 % à un an, 89 % à cinq ans et 77 % à dix ans. Le deuxième est que le bénéfice fonctionnel se maintient dans le temps : au dernier contrôle, près de neuf patients sur dix étaient en classe I ou II.
Le troisième concerne la dose, et il faut l'énoncer exactement, car il se raconte souvent de travers. Quand on range les patients par quantité d'alcool injectée, les doses les plus fortes donnent à la fois davantage de réductions complètes du gradient et davantage de blocs auriculo-ventriculaires complets périprocéduraux — de l'ordre d'un tiers dans les groupes à faible dose contre un peu plus de quatre sur dix dans les groupes à forte dose. Ce n'est donc pas un gain gratuit : c'est un compromis.
Ce compromis ne se tranche pas d'un mot. Le registre conclut lui-même que le gradient qui persiste après le geste va de pair avec une moins bonne classe fonctionnelle et une mortalité plus élevée, et invite à viser sa disparition. L'analyse appariée publiée en 2021 va dans le même sens : une faible dose ne réduit ni les événements des trente premiers jours ni la mortalité, et elle expose à davantage de nouvelles réductions septales. On vise donc la dose adaptée à l'épaisseur et au territoire, ni la plus forte ni la plus faible.
Une précision de vocabulaire, enfin : les chiffres de bloc dont il s'agit ici sont ceux du bloc complet périprocédural, souvent transitoire. Ils ne se confondent pas avec le taux de stimulateur définitif, qui reste d'environ un patient sur dix. Confondre les deux conduit à annoncer au patient un risque quatre fois trop élevé.
10. La salle : voies, matériel et cartographie des septales — pour aller plus loin
10.1. Les voies d'abord
Deux abords artériels et un abord veineux. À droite, une voie radiale portant un cathéter guide de six ou sept French, celui par lequel passera le matériel. À gauche, une voie radiale portant une sonde queue-de-cochon de cinq French, qui restera dans le ventricule gauche pour mesurer le gradient en continu. Et une voie veineuse pour la sonde d'entraînement. Les voies d'abord en place, le patient reçoit de l'héparine non fractionnée par voie intraveineuse : 70 à 100 UI/kg dans les séries publiées.
La voie fémorale reste possible pour l'abord artériel principal. Le choix suit les habitudes de l'équipe et l'anatomie du patient, comme pour toute procédure coronaire.
10.2. Le matériel
| Élément | Caractéristique | Raison |
|---|---|---|
| Cathéter guide | 6 ou 7 French | Passage du ballon et injection de contraste simultanée |
| Guides coronaires | Souples, type BMW, Choice PT, Fielder | Franchir une septale de petit calibre, parfois à angle droit |
| Longueur de guide | 300 cm (guide d'échange) | Permettre l'échange de ballon sans perdre la position |
| Ballon | Sur-le-guide (OTW), 1,5 à 2,5 mm de diamètre, 6 à 12 mm de long | La lumière centrale est indispensable : c'est par elle que passent le contraste et l'alcool |
10.3. Repérer les septales
La cartographie des branches septales est le temps le plus sous-estimé de la procédure. L'interventriculaire antérieure se visualise en plusieurs incidences : oblique antérieure gauche craniale et caudale pour l'origine et la distribution des septales, oblique antérieure droite craniale, souvent la plus démonstrative.
Deux pièges anatomiques. D'une part, une branche septale peut naître d'une diagonale, de la circonflexe, d'une marginale, voire directement du tronc commun. D'autre part, des septales peuvent communiquer avec le réseau de la coronaire droite : injecter l'alcool sans l'avoir vérifié expose à nécroser un territoire éloigné.
Un troisième point mérite l'attention : la première septale n'est pas toujours la bonne. Elle est la cible habituelle parce qu'elle irrigue le plus souvent la zone sous-aortique, mais l'anatomie varie. Chez certains patients, c'est la deuxième septale, ou une branche née plus haut, qui vascularise la région qui fait obstacle. C'est précisément ce que l'échographie de contraste établit, et c'est pourquoi on ne se contente jamais de la règle « première septale » comme d'une certitude anatomique.
10.4. Ce qui doit être prêt avant de commencer
Un échocardiographe et l'opérateur qui saura s'en servir pendant la procédure : sans échographie de contraste, on ne fait pas ce geste. Un agent de contraste échographique et une seringue de trois millilitres — produit commercial ou, à défaut, préparation agitée (gélatine modifiée, sérum physiologique) selon le protocole du service. Le contraste iodé a une autre fonction, le contrôle d'étanchéité du ballon sous scopie : employé pour l'échographie, il opacifie bien le septum mais peut laisser invisibles un muscle papillaire ou la paroi libre du ventricule droit. L'éthanol absolu, vérifié et étiqueté — l'erreur de flacon est une erreur qui ne se rattrape pas.
La sonde d'entraînement en place et testée, avec un seuil de stimulation vérifié. Un défibrillateur externe prêt. Et l'équipe informée que le bloc auriculo-ventriculaire est attendu, pour qu'il ne provoque pas de mouvement de panique quand il survient.
11. Le geste pas à pas, et l'échographie qui décide — pour aller plus loin
11.1. Confirmer l'obstruction, en pression
Avant tout, on documente le gradient par voie hémodynamique : queue-de-cochon dans le ventricule gauche, pression aortique simultanée, au repos puis après provocation — manœuvre de Valsalva, ou extrasystole déclenchée par la queue-de-cochon ou par la sonde d'entraînement. C'est cette mesure qui servira de référence pour juger le résultat, et non l'estimation échographique.

11.2. Placer le guide et le ballon
La partie rigide du guide est avancée profondément dans la branche septale cible — la première, le plus souvent — de façon que le ballon gonflé soit entièrement dans la septale et ne déborde pas dans l'interventriculaire antérieure. Un second guide peut être laissé dans l'interventriculaire antérieure, en protection : il ne coûte rien et sécurise la reprise en cas d'incident.
11.3. L'échographie de contraste, et pourquoi elle a tout changé
Une fois le ballon gonflé à l'origine de la septale, le guide est retiré : sa lumière centrale devient utilisable, et deux contrôles la traversent avant tout alcool. Une injection lente d'un à deux millilitres de contraste iodé, sous scopie, vérifie que le ballon occlut la septale, que rien ne reflue vers l'interventriculaire antérieure et qu'aucune collatérale n'emmène le produit vers un autre territoire. Puis on injecte un agent de contraste échographique, à la seringue de trois millilitres : l'échocardiographie transthoracique per-procédure montre alors, en temps réel, exactement quel territoire cette branche irrigue. Certaines équipes font le contrôle angiographique après l'échographie ; l'essentiel est que les deux précèdent l'alcool.
Trois réponses sont possibles. Le territoire correspond à la zone sous-aortique qui fait obstacle : c'est la bonne artère, on peut injecter. Le territoire déborde sur le ventricule droit, sur un muscle papillaire ou sur une paroi libre : il faut changer de cible. Aucune opacification franche de la zone cible : cette branche n'est pas la bonne.
11.4. Injecter
Un à trois millilitres d'éthanol absolu pour la séance, au rythme d'environ un millilitre par minute, la dose étant fonction de l'épaisseur septale et du territoire. Pendant toute l'injection, la position du ballon est contrôlée sous scopie : un ballon qui se déplace, ou une injection qui résiste, font arrêter aussitôt. L'apparition d'un bloc auriculo-ventriculaire conduit à ralentir ou à interrompre.
L'injection terminée, on chasse l'alcool résiduel de la lumière du ballon avec du contraste. Le ballon reste gonflé au moins dix minutes après la dernière injection : un dégonflage plus précoce expose au reflux. On le dégonfle ensuite, on aspire, on retire — en aspirant pendant tout le retrait, pour ne pas relarguer d'alcool dans l'interventriculaire antérieure.
Le contrôle angiographique final montre une branche septale en flux lent ou absent. C'est le résultat attendu.
12. Quand cela se complique — pour aller plus loin
12.1. Le reflux d'alcool
C'est l'accident le plus redouté : l'alcool remonte dans l'interventriculaire antérieure et nécrose un territoire antérieur étendu. Il tient à un ballon sous-dimensionné, mal positionné, dégonflé trop tôt, ou à une injection trop rapide sous pression. Les cinq parades sont les cinq règles du geste : ballon adapté au calibre, entièrement dans la septale, étanchéité vérifiée au contraste avant l'alcool, injection lente, ballon maintenu au moins dix minutes après la dernière injection et aspiration au retrait.
Le reflux se reconnaît en salle : douleur thoracique brutale et inhabituelle, sus-décalage antérieur étendu, chute tensionnelle, troubles du rythme. L'angiographie de l'interventriculaire antérieure, faite aussitôt, montre un flux ralenti ou interrompu au-delà de la septale ; elle distingue aussi le reflux d'un spasme ou d'une dissection, qui ne se traitent pas de la même façon. Il n'existe pas d'antidote de l'alcool déjà passé : un cas publié en 2025 rapporte la reperméabilisation de l'artère par des rinçages répétés au sérum hépariné associés à l'adénosine intracoronaire, l'endoprothèse restant un recours. Tant que l'échographie montre une obstruction, les dérivés nitrés, comme toute baisse de la précharge, et les inotropes positifs l'aggravent : l'hypotension se corrige alors par le remplissage et un vasoconstricteur, la noradrénaline, en évitant l'adrénaline. Le pronostic dépend de l'étendue du territoire atteint.
C'est pourquoi la prévention est tout. Un ballon dont le diamètre est inférieur au calibre de la septale laisse un espace autour de lui ; un ballon qui déborde dans l'interventriculaire antérieure la nécrosera si l'alcool fuit. Entre les deux, la marge est étroite, et c'est le contrôle angiographique du ballon gonflé — avec injection de contraste par sa lumière — qui la vérifie, guide retiré, avant l'alcool et jamais après.
12.2. Le bloc auriculo-ventriculaire
Environ un patient sur dix repart avec un stimulateur définitif. Dans les données brutes du registre Euro-ASA, le bloc complet pendant le geste est plus fréquent aux doses les plus fortes. L'analyse appariée publiée par Veselka dans l'International Journal of Cardiology en 2021 nuance ce constat : entre faible dose (1 à 1,9 mL) et forte dose (2 à 3,8 mL), ni les événements des trente premiers jours, ni la mortalité, ni la dyspnée ou le gradient à long terme ne diffèrent, mais la faible dose expose à davantage de nouvelles procédures de réduction septale. La dose se règle donc sur l'épaisseur septale et le territoire opacifié, dans la fourchette de un à trois millilitres, sans viser ni le maximum ni le minimum. Le risque de bloc augmente aussi en présence d'un bloc de branche gauche préexistant, la nécrose supprimant alors la branche restante.
Et une fois le stimulateur implanté, le devenir de ces patients a fait l'objet d'un travail dédié, publié dans JACC: Cardiovascular Interventions en 2022 à partir du registre Euro-ASA : sur 1 814 patients, 9,4 % ont reçu un stimulateur dans les trente jours, et ni leur survie ni leur classe fonctionnelle à long terme ne différaient de celles de patients appariés sans stimulateur. Ce qui justifie d'attendre avant d'implanter n'est donc pas un pronostic plus sombre, mais la possibilité que le bloc régresse.

12.3. Le territoire imprévu
Une septale qui irrigue aussi le ventricule droit, un muscle papillaire ou une paroi éloignée conduit à une nécrose qui ne sert à rien et peut nuire. C'est ce que l'échographie de contraste est là pour empêcher — et la seule conduite, quand elle le montre, est de renoncer à cette artère.
12.4. Les autres accidents
| Complication | Fréquence | Conduite |
|---|---|---|
| Décès périprocédural | ≈ 1 % à trente jours | — |
| Stimulateur définitif | ≈ 10 % | Attendre 24 h avant d'implanter : une part des blocs régresse |
| Arythmie ventriculaire | ≈ 1,6 % | Défibrillateur externe prêt : choc immédiat devant une fibrillation ou une tachycardie mal tolérée ; monitorage continu ensuite |
| Dissection coronaire | Rare | Prise en charge conventionnelle ; le second guide dans l'IVA prend ici tout son sens |
| Tamponnade | Rare | Drainage ; liée à la sonde d'entraînement plus qu'à l'alcool |
| Communication interventriculaire | Rare | Diagnostic échographique devant une dégradation hémodynamique ou un souffle nouveau, puis décision médico-chirurgicale de fermeture ; prévenue par le plancher de 16 mm |
12.5. Quand le gradient ne baisse pas
Il arrive que la procédure se déroule sans incident et que le gradient reste élevé en fin de geste. Trois causes, dans l'ordre où on les envisage.
La cible n'était pas la bonne : une autre branche septale irrigue la zone qui fait obstacle. L'échographie de contraste doit alors être refaite sur une seconde branche, et le geste peut être poursuivi dans la même séance si l'anatomie s'y prête et si la dose cumulée des deux branches ne dépasse pas deux à trois millilitres : de grands volumes d'alcool répartis sur plusieurs branches pour abaisser le gradient exposent à davantage de complications et d'événements rythmiques.
Le mécanisme n'était pas seulement septal : une anomalie du muscle papillaire ou de l'appareil mitral participe à l'obstruction, et aucune quantité d'alcool ne la corrigera. La chirurgie reprend alors la main.
Enfin, l'obstruction pouvait être en partie médio-ventriculaire, ce qu'une échographie préprocédurale attentive aurait dû montrer. C'est le rappel que la sélection compte plus que la technique.
13. Points clés à retenir
- L'alcoolisation septale traite l'obstruction, pas la cardiomyopathie hypertrophique : elle ne réduit ni le risque rythmique, ni la transmission familiale.
- Quatre conditions, toutes exigées : symptômes réfractaires — classe III ou IV, ou syncope d'effort due à l'obstruction, malgré un traitement optimal —, épaisseur septale ≥ 16 mm, gradient ≥ 50 mmHg au repos ou après provocation, obstacle sous-aortique.
- Une obstruction médio-ventriculaire se prête mal à la voie coronaire : elle relève en règle de la chirurgie.
- Les diurétiques, les vasodilatateurs et les dérivés nitrés aggravent l'obstruction : les retirer fait partie du traitement optimal. Seul le patient réellement congestif garde un diurétique, à faible dose et avec prudence.
- Le mouvement systolique antérieur de la mitrale et l'insuffisance mitrale qu'il entraîne sont le plus souvent la conséquence de l'obstruction, et régressent avec elle.
- La sonde d'entraînement se pose avant l'injection, systématiquement.
- Seul un ballon sur-le-guide convient : le monorail n'a pas de lumière traversante. Guide retiré, son étanchéité se vérifie au contraste avant l'alcool.
- C'est l'échographie de contraste, et non l'angiographie, qui désigne l'artère cible.
- Un à trois millilitres d'éthanol pour la séance, un millilitre par minute, ballon maintenu au moins dix minutes après la dernière injection et aspiration pendant tout le retrait.
- Nécrose limitée au septum basal, créatine phosphokinase en centaines ou en milliers d'unités par litre avec un pic vers la douzième heure : c'est le témoin du geste, pas une complication.
- Surveillance de 72 heures, sonde gardée au moins 24 heures et retirée seulement en l'absence de bloc de haut degré, au moins 24 heures d'attente avant un stimulateur définitif.
- Obstruction nettement réduite chez 90 % des patients ou davantage, mortalité d'environ 1 % à trente jours, stimulateur définitif chez environ 10 %, réintervention plus fréquente qu'après chirurgie.
- Le bénéfice s'installe sur trois à six mois : un gradient qui remonte au troisième jour n'est pas un échec.
14. Pièges fréquents
- Traiter un gradient plutôt qu'un patient. Un patient asymptomatique ne relève pas d'une réduction septale, quel que soit son chiffre.
- Prescrire un diurétique devant une dyspnée et un ventricule épais, sans signe de surcharge. En réduisant le volume ventriculaire, il augmente l'obstruction et aggrave le patient ; chez le patient réellement congestif, seul un diurétique à faible dose se discute, avec prudence.
- Se contenter d'un gradient de repos. Une part importante des obstructions n'apparaît qu'à l'effort ou après provocation : un compte rendu sans manœuvre ne permet pas de décider.
- Confondre obstruction sous-aortique et médio-ventriculaire. La seconde se prête mal à une branche septale et relève en règle de la chirurgie, quel que soit le gradient.
- Prendre l'insuffisance mitrale pour une maladie valvulaire propre. Le plus souvent elle est la conséquence du mouvement systolique antérieur et régresse avec l'obstacle ; l'inverse impose la chirurgie.
- Oublier le plancher d'épaisseur septale. En dessous de seize millimètres, la nécrose expose à une communication interventriculaire acquise.
- Monter la sonde d'entraînement quand le bloc survient. Sur un cœur hypertrophié sans échappement, il n'y a pas le temps.
- Utiliser un ballon à échange rapide. Sans lumière traversante, ni le contraste ni l'alcool ne peuvent être injectés.
- Choisir l'artère cible sur la seule angiographie. C'est l'échographie de contraste qui montre le territoire réellement irrigué, et elle seule.
- Injecter vite pour aller vite. Un millilitre par minute : l'injection rapide est l'une des causes de reflux vers l'interventriculaire antérieure.
- Dégonfler le ballon dès l'injection terminée. Au moins dix minutes après la dernière injection, puis aspiration pendant tout le retrait.
- Augmenter la dose pour obtenir un meilleur résultat. Le bloc complet périprocédural augmente avec la dose ; la dose se règle sur l'épaisseur septale et le territoire, dans la fourchette de un à trois millilitres pour la séance.
- Conclure à l'échec au troisième jour. La remontée du gradient traduit la sidération du septum qui se dissipe ; le résultat se juge à trois et six mois.
- Implanter un stimulateur définitif dans les premières heures. Une part des blocs régresse : on attend au moins vingt-quatre heures.
- Annoncer « une petite intervention par cathéter ». Le patient doit savoir qu'on provoque un infarctus et qu'un stimulateur sera nécessaire une fois sur dix.
- Croire le patient guéri parce qu'il respire mieux. Le dépistage familial, l'évaluation du risque rythmique et le suivi restent entiers.
Sources
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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.